Gouffre Berger -1122m – 3 Août 2016

En août 2016, nous participions au cinquième et dernier (pour l’instant) rassemblement international autour du gouffre Berger.
C’est le premier gouffre dans lequel des spéléologues ont atteint la profondeur de -1000 mètres. L’avantage de ce rassemblement, c’est que les cordes sont déjà en place pour descendre, ça facilite énormément la descente et la remontée, vu qu’il n’y pas de corde à porter ni à équiper/déséquiper.

Notre équipe dans la partie des gours, au gouffre Berger

Notre équipe dans la partie des gours, au gouffre Berger

Toute notre équipe (Yayass, Lolo, Mark et Wam) se rejoint 2 jours avant la date prévue pour la descente, histoire de bien être en forme le jour J. La veille, on se fait une mini-randonnée en montagne, juste histoire de bouger un peu.

L’équipe d’organisation du rassemblement se tient dans un camping à Méaudre (Isère), et on y affiche un grand tableau avec le nom des spéléos, la date et l’heure de descente prévue ainsi que l’objectif visé (profondeur). Au retour, nous devons bien sûr noter l’heure de sortie, afin d’être sûr qu’il ne reste personne au fond. C’est indispensable pour assurer la sécurité des 400 personnes qui vont descendre dans le gouffre pendant les 3 semaines du rassemblement.

Derniers préparatifs avant la descente

Derniers préparatifs avant la descente

On s’y note pour le mercredi avec un départ à 8h00, et un objectif pour le fond (-1122m). Pas besoin de se lever trop tôt, la durée de la ballade sous terre est estimée entre 17h et 24h, donc on préfère faire une nuit de sommeil complète avant cette épreuve.
Au réveil, surprise ! Deux équipes qui visent le fond se sont inscrites dans la nuit pour un départ identique à 7h00, totalisant 13 personnes. Ça annonce des beaux embouteillages, surtout avec une équipe de 5 spéléos qui nous suit de près, à 30 minutes derrière. On essaie de rester calme malgré ce couac, mais on sait que ça va rendre l’expédition plus difficile .

Deux spéléologues dans les grands puits d'entrée

Deux spéléologues dans les grands puits d’entrée

Hop, on saute dans la voiture avec notre matériel, on fait les 40 minutes de marche qui sépare le parking de l’entrée du gouffre Berger (sur la commune d’Engins), et on enfile les baudriers. On est prêt à descendre, mais les spéléologues qui nous précèdent commencent à peine à descendre. On prend notre mal en patience et on se fait une petite pause à l’air libre, histoire de leur laisser un peu d’avance.

Sous terre, les réflexes prennent vite le dessus. On enchaîne les descentes en rappel dans les puits, les manip’ de cordes aux fractionnements, on se glisse délicatement dans le méandre. On laisse passer trois spéléos qui remontent après une longue sortie, ils sont sous terre depuis la veille et ont l’air bien crevés.

Un des obstacles qui parsème la grande galerie

Un des obstacles qui parsème la grande galerie

Très vite, on sort de la zone des puits d’entrée et on s’engage dans la grande galerie. On glisse à peine sur les berges argileuses du Lac Cadou, et on continue notre rando, ponctuée de quelques petits passages sur corde. On arrive à la Salle des Treize, le bivouac le plus connu, vers -500. C’est l’occasion de s’arrêter manger, on fait des plats lyophilisées à l’aide de nos réchauds.

Le bivouac permanent à la Salle des Treize

Le bivouac permanent à la Salle des Treize

On continue la descente, et on n’a toujours rattrapé personne. Ceux de devant ne sont pas des tortues, et c’est tant mieux.

On arrive à la salle du vestiaire juste avant Les Couffinades; la partie aquatique du gouffre. Pas besoin de se changer, on a laissé nos néoprènes au camping. On passe devant le Vagin (une concrétion en forme de trompe qui sort du plafond et qui crache de l’eau avec un bruit de dingo), et on arrive dans la partie mouillée. Les cordes fixes permettent de passer sans se tremper complètement dans l’eau, mais ça tire quand même pas mal sur les bras.

Panneau d'avertissement à l'entrée des Couffinades (ça craint l'orage)

Panneau d’avertissement à l’entrée des Couffinades (ça craint l’orage)

Franchissement d'une zone aquatique à l'aide des équipements fixes

Franchissement d’une zone aquatique à l’aide des équipements fixes

Une fois le passage aquatique dépassé, on arrive vers -900 où notre pauvre Yayass bloque sur une vire. Il crie comme une fillette quand il se sert de ses biscottos ramollos. En sachant qu’il reste énormément à remonter, il prend la sage décision de faire demi-tour. Lolo, qui est déjà allée au fond par le passé, l’accompagne. Je continue avec Mark.

On arrive au puits de l’ouragan, dernier grand puits d’une cinquantaine de mètres de haut, avant d’arriver au fond. En principe, la règle de priorité s’inverse ici pour laisser passer ceux qui descendent en premier, car cela prend bien moins de temps que de remonter aux bloqueurs. Malheureusement, les spéléos qui sont partis avant nous sont déjà sur le retour, et malgré nos coups de sifflets, se mettent à remonter à la corde. Impossible de tenter quoi que ce soit, on doit patienter, même si je colère bien face à ce manque de respect ou de connaissance des règles du rassemblement.

Une cascade souterraine, peu avant le fond

Une cascade souterraine, peu avant le fond

Finalement après une longue attente et la remontée de trois personnes, on peut descendre et patauger dans les derniers mètres de la rivière souterraine. On passe devant du matériel de plongée et on atteint le dernier siphon, où malgré 10 minutes passées à régler l’éclairage, je n’arriverai pas à faire une photo correcte de notre binôme de vainqueurs.

Photo finish devant le siphon 1

Photo finish devant le siphon 1

Sur le retour, on fait une petite pause vers 19h00 pour manger un deuxième lyophilisé, et on profite du temps de chauffe et d’hydratation du plat pour faire notre action de dépollution : on remplit les sacs plastiques avec les déchets qu’on trouve et on les rassemble à un des points indiqués, en vue d’une éventuelle évacuation ultérieure. Finalement, on soulève des rochers pour trouver les ordures cachées d’une vieille expédition, et on remplit quatre sacs avec les déchets qu’ils n’ont pas réussi à brûler (vieux bidons métalliques d’huile moteur utilisé pour l’éclairage, principalement). Personnellement, je ne sais pas ce qui est le mieux, d’avoir les ordures cachées sous un rocher, ou bien visibles dans un tas de sacs plastiques.

Notre participation à la dépollution, on remplit des sacs poubelles

Notre participation à la dépollution, on remplit des sacs poubelles

Plus tard, on arrive à la Salle des Treize et on commence à recroiser du monde : une équipe qui descend pour dormir à -600m, et quelques spéléos qui nous précédaient qui ont fait une petite sieste. On prend juste le temps de boire un peu et on repart.

On remonte la grande galerie et on rattrape la Ktanadienne et son équipe juste avant la remontée des grands puits. C’est parti pour 200 mètres de remontée sur corde.
Dans ces espaces plus étroit, il y a beaucoup plus de courants d’air et je commence à avoir vraiment froid.

Passage en mode "pont de singe"...

Passage en mode « pont de singe »…

On sort juste avant le lever du soleil, après 21h passées sous terre, et on se met en marche pour le parking. La randonnée à deux en mode zombie est particulièrement lente au vu de notre fatigue, et j’aurai même des sortes d’hallucinations : à chaque rocher blanc qu’on croisait, je voyais un truc qui n’existait pas (une voiture, un gâteau, un plateau de fromage…).

On arrive enfin au parking, Lolo revient nous chercher après avoir dormi deux heures. BJ la team !
J’adresse des remerciements tout particuliers à Rémy L., qui en plus d’avoir organisé des stages dans lesquels certains d’entre nous ont affiné nos techniques spéléo, a supervisé l’organisation de ce rassemblement.

 

GrimpeurFou

 

Update : Une petite topographie du gouffre pour mieux imaginer la promenade, avec une coupe transversale (en haut) et une vue de dessus (en bas)

Topographie du Gouffre Berger, jusqu'au Siphon 1

Topographie du Gouffre Berger, jusqu’au Siphon 1

Une réflexion sur “Gouffre Berger -1122m – 3 Août 2016

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